De René Char
de rocs et de fleuves,
dans les tensions et les chaux-vives,
les dieux ne sont que des gisants, quand s'avance Héraclite.
De Pierre-Jean Jouve
sang et sperme
dans les boucles somptueuses et noires
de celle qui n'est plus. Le dieu se tait.
De Bashô
Cidre nouveau dans la
bolée
propos de cellier
il sort pour pisser
De Henri Michaux
En rangs serrés ordonnés dans les pages sur les tables dans le cadre bien ordonnés bien paginés bien toilés bien cadrés tes millle et
mille fourmillements grouillements révoltés éclatés démantelés désordonnés déshabillés dépaginés détoilés décadrés alphabet de tous les tohus-bohus et des soulèvements Hors cadre des hordes
d’encre
De Jean Sénac
Cendres d’un pays naguère fabuleux qui désormais se boursoufle dans l’ensanglantement, les explosions, les tortures, les boues de l’hiver
et la poussière des saisons sèches. Envolées paniques des foules de femmes et d’enfants dans le soulèvement des soies blanches et des cotonnades colorées. Djebels en longues errances plaintives.
Hurlements des rues quand suinte la nappe quotidienne de l’égorgement.
De Benjamin Péret
parmi les oripeaux l’opinion d’un vieux paratonnerre et les lanières du temps,
au seuil des tombeaux le miroir des mirages et les fumures de la philosophie,
aux margelles du matin l’hésitation du soleil et la porcelaine sauvage des pluies,
dans la fulgurance de ton ventre le rapt des déserts et les voiles de ta voix.
De Fatou Diome
Dribbles et petits-ponts, les jeunes rêveurs d'Eldorado s'en vont au Détroit se noyer.
Se lèvent les femmes.
Le songe du lecteur s'immisce dans les étoffes humides et et les chairs mauves de la belle négresse.