Vendredi 21 mars 2008

Lors des actions menées ensemble : non pas camarades, mais compagnons, oui.

Pourquoi  ?
Les origines dans la famille : le grand-père  charpentier de Brains-sur-Vilaine qui commence son Tour de France à Guémené-Penfao, mais qui n'ira pas plus loin que Machecoul, saisi par la nostagie des rives de Vilaine.
Le père aux Chantiers de la Loire : d'abord apprenti, puis ouvrier, formant des apprentis.

Partage ou mise en commun des savoirs, des techniques, des compétences. Parfois situation d’apprentissage de l’un, jusqu’à ce qu’il devienne maître. (cf. Le maître ignorant de Rancière, les Autodidactes de Cacérès, l’esprit de Peuple & Culture.)

Mais au-delà : une relation affective forte, les mêmes goûts, un cadre de références culturelles proches et échangées. Un sentiment qui porte à l’amitié forte, un sexué de la relation, une importance des corps proches (cf. en guerre et en philosophie, les anciens Grecs.
Bien être et bien vivre, côte-côte.

par usteron publié dans : Les compagnonnages
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Jeudi 27 mars 2008
   
                   Pokou
                   la Reine Baoulé surgit

                    Le fils renaît du Fleuve
                    Tu avances  Antilope royale    
                    sous le rougeoiment des flamboyants
                                           
                    Ama
                    nuit vivante à nouveau                                                 
                    Nuit qui jailllit
                    nue et lisse
                    nudité Femme             
                    tu allumes le grand rire orgiaque


                     Ô tornade de chair

                      ton Corps anime  la nuit de lueurs

                      Ama
                      tes Hanches  balancées                 
                      aux cadences  du tam-tam

                       ta Voix d’entrailles
                        parsemant d’étoiles
                        l’inextricable enchevêtrement des lianes.
                                                                                                                 écrit il y a cinquante ans
par ustèrôn publié dans : billets africains
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Lundi 7 avril 2008

À travers l’épaisseur sèche du mur de terre, m’atteint, murmure continu assourdi, le palabre, sous le fromager de la cour du chef de la terre... Bégoin tente d’arracher depuis le matin l’or nécessaire à la construction d’une école... il n’enlèvera sans doute la décision que tard dans la nuit ; éclats de voix qui montent dans l’air étouffant couvrant la voix avinée de Bégoin qui n’échappe jamais aux malsaines congestions des repas trop arrosés.

Je suis arrivé à la rescousse, la matinée s’achevant ; Bégoin ayant déjà trop de bières dans le ventre, les anciens m’ont écouté avec une bienveillante bonhommie, mais ma jeunesse, si elle les séduit parfois, ne pose que peu de poids dans les étranges tractations que leur impose à travers nous, l’administration « blanche » d’Abidjan. Une école de village, pépinière de commis futurs, ne les émeut : guère... Ils songent à la forêt, aux buttes d’ignâmes, aux cacaoyères, à l’effluve folle des caféiers en fleurs, aux poids d’or sculptés. La chemise blanche et le pantalon de tergal, pour eux, c’est un jeune qui part et beaucoup de buttes qui ne se lèveront jamais, une fille qui demeurera stérile, seins fanés. Je suis encore trop con pour comprendre cette attitude. Je bagarre moi pour leur apporter la civilisation.

La voix de Bégoin s’éraille au-dessus du murmure ; il a trop baffré, trop bu pendant le repas ; la sauce d’arachide lui dégoulinait dans la rousseur de sa barbe et son oeil porcin suivait les hanches de Brou, la fille du chef de la Terre qui nous accueillait.

Le toit de tôle éclate en petites explosions brèves sous le soleil. Allongé, je somnole dans une sueur fastidieuse qui m’inonde les replis du cou ; l’épaisseur des pagnes, lourdement imprégnés de parfums, atténue la rudesse du lit de terre. Je pense à la courbe des hanches de Brou qu’un soir, j’avais distraitement caressée, alors qu’elle se tenait debout, près de mon siège. Intentionnellement ? Peut-être... dans ma naïveté de trop récent dépucelé, je ne percevais pas encore l’étonnante et fraîche liberté qui remuait le corps des filles du Moronou. Quand, le repas terminé, j’avais fait part de mon besoin de repos, la mère m’avait conduit dans une petite cour, isolée des autres cases ; s’effaçant devant moi, elle m’avait murmuré dans un sourire : "C’est la chambre de Brou, elle te l’offre". Je n’y avais pas prêté plus d’attention.

Le murmure du palabre paraît s’amplifier. Domine la parole rauque de Kouassi, le chef de village. Longues périodes qui se lovent à plaisir dans les labiales de la langue agni. Goût insatiable de la parole. Kouamé m’a dit un jour la complexité syntaxique de l’agni, il m’a parlé à ce propos de Démosthène. Il a raison. Je me perds dans les bribes, qui me sont compréhensibles, d’une pensée circulaire qui s’élabore dans cette jouissance sensuelle de l’oralité.

Glissements de pieds nus sur la terre battue de la cour. La porte s’ouvre, déchirant la pénombre tiède, se referme aussitôt... Le murmure du palabre s’éloigne par cette présence nouvelle ; s’écarte aussi ma songerie. Bourdonnement des oreiIles, mon corps attend. Je vois Brou contre la porte refermée ; elle porte une brassée de linge, celui qui séchait tout à l’heure à même la terre battue de la courette. Silencieuse, elle s’approche d’un coffre de bois placée à gauche du lit, contre le mur. EIle s’accroupit, ramassant les plis de son pagne entre ses cuisses, les genoux découverts, geste familier des femmes au marché quand elles étalent leurs cuvettes d’émail multicolores qui contiennent les fruits de leur cueillette. Regards furtifs sur mon corps allongé. Elle plie les linges et les serre dans le coffre. Son visage de mon côté ; elle sourit. Je tends le bras et caresse ce sourire. Bégoin l’a-t-il jamais baisée ? Non, il noie son voeu de chasteté dans le vin et la bouffe, il s’émascule dans sa goinfrerie et ses ivresses... et puis dans son honnêteté de confesseur, il ne peut déconseiller de baiser et baiser ses « confessées ».

Brou interrompt sa tâche. Elle incline sa joue sur sur ma main. L’ouverture carrée de son caracot présente la naissance gonflée des seins ; ma main s’y glisse, mes doigts fouillent tendrement cette mollesse charnue ; elle avance le buste, attentive et nonchalante ; les seins sont mous, ma main s’égaille avec plaisir dans cette lascivité tiède et sensuelle. Exploration lente encouragée par le sourire qui devient rire gloussant un peu ridicule. Je m’assois sur le lit et la prenant sous les aisselles, je la lève. Le corsage, très resserré sous les seins, refuse de glisser . Elle est immobile. Le petit rire qui s’égrène... le ronronnement du palabre par dela le mur... Mes mains sur ses hanches, je l’attire sur le lit à mon côté ; elle se laisse étendre. Sous les volants du corsage, je touche un ventre ferme et lisse. Sang aux tempes, je me frotte contre sa cuisse gauche. M’écartant d’elle, sa main se pose sur la braguette de mon short tendu par la verge ; elle rit de nouveau et me montre du doigt la direction de la cour où s’éternise le palabre : « Sois sage, un homme peut venir. Plus tard, une autre fois, une nuit, plus tard... ». Je ne peux rien entendre, j’ai trop faim de ce corps... ma main s’engouffre dans les plis du pagne qu’elle écarte hâtivement. Les cuisses paraissent, longues luisantes et noires, une merveille qui s’épanouit dans l’œil étonné. Pagne écarté, la toile rouge vif du cache-sexe qui laisse découverte l’aîne fragile et souple... touffes frisées et drues de la toison. Je tente de dénouer la bande de tissu qui dissimule le sexe. Brou serre malicieusement les cuisses, je n’entends plus les nons qui entrecoupent son rire. Le cache-sexe est réticent ; c’est d’une compiication, ce bref vêtement : il se noue à la naissance des fesses, au bas du dos, sur une ceinture de perles qui ceint le haut des cuisses. Si Brou n’y met pas du sien, au revoir l’amour et la fournaise de sa vulve... Je me vautre sur elle, prêt de jouir. Le puceau d’hier est encore un très mauvais amant... Elle le devine et me repousse gentiment, se soulève du lit et rejettant les pagnes qui la ceignent, entreprend de dénouer le cache-sexe, ventre tendu, cuisses entrouvertes ; le cache-sexe tombe, découvrant une vulve mauve qui mousse de désir ; j’enfouis ma verge durcie dans cette fiévre...quelques soubre-sauts hâtifs, je pense à la goinfrerie de Bégoin, je ne diffère guère, la même connerie avide nous agite. Brou ondule sous moi et j’éclate en elle, râlant de joie... Je me retire, elle prend mes couilles au creux de ses mains et les masse lentement tandis que sa joue effleure ma verge ramollie et humide d’elle : « Tu reviendras ».

par ustèrôn publié dans : billets africains
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Mardi 8 avril 2008
La mère mourut, un soir de saison sèche. Le jour avait été lourd. Dans le soleil couchant, le tam-tam fut frappé, lugubre.

Quelque chose, comme une possession intime, se détacha de lui glissant de son être, imperturbable, aveugle. Ce devint une certitude, quand il alla visiter la morte. II revit Ama, son amante, les seins nus, tête rasée, se contorsionner en hurlant.

Au pied de l’immense lit où gisait le cadavre. Et tout autour échevelées et bruyantes, les femmes du village hululaient en cadence en tordant les bras luisants derrière leur nuque.

Sitôt le seuil franchi, il s’était arrêté, étonné. Les murs étalaient de grandes balafres noires et rouges. Le corps roide dans un pagne bariolé. Il fut au pied du lit, Ama, de son corps hurleur, proche à le toucher. Sans avoir senti sa présence.

Une femme cria plus fort. La braillade s’écroula. La salle sembla vide, de silence, anéanti. Lui seul, son amour non reçu. Elle s’était perdue parmi les femmes.

Il y eut une poussée en lui, lointaine, qui l’entraîna au côté de la morte, très lointaine de la petite enfance : la veillée aux morts, dans un pays barré de pluies et de rafales de vent, les femmes en noir aux visages de cierge, denses, les hommes rudes perdus dans une tristesse insolite et pieuse. Il contourna le lit, signa du signe de croix, le front de la morte. Et devant les femmes, et devant les hommes qui, curieux, s’étaient approchés sur le pas de la case, devant eux, figés par ce rite inconnu qui bravait la mort, il baisa cette tête, les lèvres attardées au bord de cette vie éteinte, penché dans un silence ténu à l’exaspération.

à Bongouanou, le 21 janvier 1957
par ustèrôn publié dans : billets africains
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander
Samedi 19 avril 2008
Ho ! Toi, l'Aveugle,
quels hivernages pulvérisés dans l'autan
de tes nuits interminables ?
Quelle est la lourde et charnelle mélopée
qui chancelle au val de ton torse ?
Possesseur de la lueur admirable
qui effleure en frissons l'écorce de ta face
tu es le mage de l'espoir
et nous n'avons plus mémoire
de nos mains fanées et sans âge
qui prolongeait nos nuits comme grimoires.
par ustèrôn publié dans : billets africains
ajouter un commentaire commentaires (0)    recommander

USTÉRÔN

  • usteron
  • : des écrits de jadis et de naguère
  • : 21/03/2008

Rubriques

Archives

Recherche

Licence

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus